 Chaque fois que le vieux berger allait dans les prairies faire paître ses moutons, il se reposait sous un pommier près de la colline, et quand c'était l'automne, il parlait a l'arbre et disait : "Allez mon brave, donne donc une pomme a ce vieil homme!"Alors une délicieuse pomme bien mûre tombait de l'arbre. Le vieil homme prenait son couteau orné de nacre et coupait la pomme en morceaux. Il mélangeait ces morceaux dans du yaourt et mangeait avec un appétit aiguisé par le grand air.Il avait planté l'arbre vingt ans plus tôt et l'avait arrosé au début. Apres avoir pris ses ablutions, il arrosait l'arbre avec l'eau qui restait dans son bidon. Puis le pommier grandit et commença a donner des fruits. En ces temps-là, le berger était jeune et il n'avait aucun mal a cueillir les pommes lui-même. Mais les années passèrent, et tandis que l'arbre grandissait le berger se faisait vieux. Quel que soit le nombre d'années passées, c'était toujours le même arbre dont le berger s'était occupé comme d'un bébé. Il disait parfois, tout en caressant l'arbre :" Mon enfant, envoie-moi ma part d'aujourd'hui!" Et une pomme tombait aussitôt, sans qu'il ait a renouveler sa demande.Cela continua ainsi pendant de longues années, sans intervalle.Les villageois pouvaient voir tout cela a distance et la rumeur de répandit que le vieil homme était un saint. C'est pourquoi ils ne laissaient personne d'autre cueillir des fruits de " l'arbre du berger" , et si quelqu'un osait faire cela en cachette, il se faisait dument réprimander.Un jour, le berger demanda une fois encore une pomme. Bien que les branches fussent pleines de fruits,aucun ne tomba. Le vieil homme réitéra sa demande, encore et encore..mais l'arbre ne répondait pas. Le vieil homme s'éloigna alors de l'arbre, des larmes ruisselant sur son visage et mouillant sa barbe blanche, puis alla chercher du réconfort auprès de ses moutons. C'était la toute première fois que son enfant l'avait rejeté.Le berger était désormais totalement recourbé; son corps était devenu trop lourd pour ses faibles jambes. Quand il rassembla son troupeau et se dirigea vers le village, il fut surpris d'entendre l'appel a la prière du soir venir de la mosquée du village. Ce fut comme une renaissance pour lui, quelque chose lui était venu à l'esprit. Sans faire attention a son vieux coeur, il courut vers l'arbre rempli d'une joie ineffable. Il embrassa l'arbre avec compassion et dit : " Mon cher, tu as rendu ce vieil homme bien triste ; pourquoi ne m'as tu pas dit que c'était le premier jour de Ramadhan et qu'il fallait que je jeune!".
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